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L’UNESCO fait-elle son boulot ?

L’UNESCO promeut de plus en plus le patrimoine culturel, mais que fait-elle réellement ? Pas grand chose pour les sites classés …

L’UNESCO promeut de plus en plus le patrimoine culturel immatériel, mais que fait-elle réellement ?

Avant la création de la notion de patrimoine culturel immatériel, il y avait la notion de patrimoine culturel matériel. Or au même titre que la défunte Société Des Nations dont nous savons aujourd’hui qu’elle servait principalement de faire-valoir aux bonnes volontés, l’UNESCO ne fait pas grand chose pour les sites classés sur ses listes.

Je me souviens avoir discuté avec un représentant de l’institution histoire de parler d’archéologie. Cela devait apparemment être un gros mot, il fallait parler de patrimoine culturel immatériel. Pour moi ça avait une consonance ethnologique et il faut avouer que les matériaux ne se conservent pas toujours suffisamment bien à travers les millénaires afin de conserver les rituels des époques lointaines. Le patrimoine culturel immatériel peut se deviner, voir se recréer, à partir d’une culture matérielle. Là où l’archéologue questionne en premier le sol, l’ethnologue discute avec les populations locales. Noter les rites en vigueur à travers le monde, pour moi c’est de l’ethnologie. Les deux matières sont cousines, et se confondent régulièrement en un idéal de quotidien des peuples à travers le monde et à travers les époques.

Quand nous regardons aujourd’hui les sites classés au patrimoine culturel matériel, nous pouvons constater qu’ils sont laissés au bon vouloir des pays les abritant. Quand Lascaux développe sa maladie noire, la France décrète l’état d’urgence et organise des réunions afin de démontrer que le site est protégé et pour éviter la gifle de pouvoir être accusée de mettre en péril une grotte de première importance. Tout a été fait pour rassurer, et finalement Lascaux se porte plutôt bien. Qu’a fait l’UNESCO? Les gros yeux, à peine… Tous les pays ne sont pas aussi consciencieux. Les bouddhas de Bamiyan ont été dynamités en 2001, les sites archéologiques d’Iraq ont servi de base militaire à l’US Army en 2003, les mausolées de Tombouctou ont été rasés, le minaret de la grande mosquée des omeyyades à Alep vient d’être détruit, après un premier incendie endommageant le site en octobre dernier, la cité antique de Palmyre et le krak des chevaliers avaient déjà été bombardés durant le même conflit, le Hamas passe le site d’Anthedon au bulldozer afin de placer à son tour une caserne sur un terrain archéologique… Que fait l’UNESCO? Les gros yeux à peine, sauf que les décideurs sont moins concernés par l’institution internationale.

L’Algérie fait le même constat pour son patrimoine historique, archéologique et culturel. Il ne suffit pas de dépenser de l’argent pour entretenir ou restaurer, auquel cas le patrimoine devient une charge surtout en ces temps de crise économique. Il faut en effet promouvoir et dynamiser, afin de valoriser et de rapprocher les citoyens de leur passé. S’efforcer de maintenir en l’état un bâtiment tout en le mettant sur le bas-côté de l’histoire du pays et de la vie quotidienne de ses habitants, c’est simplement le mener à son abandon et à sa perte. Dans les villes algériennes, des merveilles restent méconnues et sous-exploitées. La majorité des citadins ne connaissent que peu leurs villes. Les institutions culturelles ne font rien. Les directions culturelles et les wilayas n’organisent pas de visites guidées, c’est réservé pour les délégations étrangères, les médias ne sont pas invités à participer. Les musées sont coupés du monde extérieur, les responsables technocrates ne connaissent rien à la médiation. Le visiteur potentiel est ainsi livré à lui-même, sans site internet ni catalogue qui puisse le mener à l’endroit voulu. La ville de Tipasa, classée patrimoine mondial depuis 1982 par l’UNESCO, se trouve dans l’état auquel la promet la situation constatée: le tombeau de la chrétienne, connu sous le nom de mausolée royal, est transformé en décharges sous les ordures des propriétaires des fonds de commerce voisins sans que les autorités n’interviennent, et le site romain Salsa est livré aux dealers et aux prostituées. Presque incontrôlable car au relief accidenté et boisé, il est prohibé de s’y aventurer à cause des risques d’agressions. Plusieurs rapports ont été envoyés à la délégation de sécurité de la wilaya, en vain. Tout commence à ce stade-là, personne ne fait rien à l’UNESCO qui attend que ça se passe et personne ne fait rien non plus dans les bureaux des ministères et des délégations régionales. C’est donc localement que les décisions doivent se prendre afin de sensibiliser la population, puis de remonter les expériences réussies depuis la base.

L’UNESCO a arrêté de promouvoir le patrimoine culturel matériel, et n’a aucun moyen de protéger les sites classés. Il a donc été jugé plus malin de mettre en avant le patrimoine culturel immatériel, nécessitant moins de personnel de sécurité et moins de matériaux d’entretien. Il n’y a pas plus de moyens délégués au patrimoine culturel immatériel pour autant. Quand un état délaisse sa musique, son théâtre ou son cinéma au profit d’imports des Etats-Unis, ou quand le costume d’affaires est mis en avant au détriment du costume régional, ce n’est en aucun cas l’UNESCO qui intervient. Quelle sera la prochaine vitrine de l’organisation aujourd’hui dépassée dans ses missions le jour où les attaques ne se feront plus seulement au niveau de bâtiments mais tout autant sur l’art de vivre?

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